Plantation maraichère syntropique au Bresil. Crédit photo: Opaline Lysiakk
Alors que l’on commence à peine à intégrer ce qu’est réellement la permaculture, une nouvelle méthode de résilience fait son arrivée : l’agriculture syntropique. Je sens que dans quelques années, on ne parlera plus que de syntropie, remisant dans un coin la permaculture.
Selon moi, c’est une grave erreur. Je t’explique pourquoi.
1. D’abord, c’est quoi la syntropie ?
Un jour, il m’a été posé cette question :
Est-ce que la nature aurait besoin de l’homme pour se développer à son maximum ?
Eh bien, avec la syntropie, la réponse est oui.
L’homme peut réellement accélérer le processus de l’abondance de la nature.
Cependant, il y a une condition à cela : c’est qu’il accepte de faire partie d’un système qui est plus intelligent que lui.
Crédit : Les Vérités Scientifiques
Du grec, “syntropia”, l’agriculture syntropique signifie aller du simple vers le complexe.
L’idée, c’est que plutôt que de simplifier le vivant à l’extrême, comme on le fait actuellement avec nos méthodes agricoles, mais aussi dans tout autre domaine en réalité, la méthode syntropique propose de créer volontairement des systèmes très complexes, comme ils le sont dans la nature, pour les rendre le plus résilients possible.
2. Une nouvelle méthode
Comme la permaculture, la syntropie est une méthode.
Cela veut dire que plusieurs principes sont mis en avant. Et ces principes créent une sorte de procédure qui répond à un objectif.
En l’occurrence, l’objectif de la syntropie, comme de la permaculture, c’est la résilience de systèmes. Mais la comparaison s’arrête là. Car pour la synthrophie, c’est la résilience de systèmes « de production végétale ».
La syntropie se base donc sur plusieurs principes, dont ceux-ci :
a. Perturber les végétaux en les taillant
La taille va stimuler le végétal, lui redonner de la lumière, accélérer sa croissance et sa résistance, dynamiser la vie du sol et créer de la biomasse qui va régénérer les sols.
Une chose importante que l’on comprend en syntropie c’est que la notion de “perturbation » est indissociable de la notion d’ “abondance”.
C’est parce que l’on taille, que les végétaux se développent plus rapidement et mieux.
Crédit : Vidéo Life in Syntropy
b. Planter beaucoup et diversifié
La densité de plantations permet de créer beaucoup de photosynthèse, donc de produire beaucoup de biomasse, ce qui régénère les sols et augmente la production.
Anaëlle Thery. Vidéo : La Syntropie : Revenir dans le Sens du Vivant
c. Faire se succéder les plantes dans l’espace et dans le temps
On reprend le principe de la forêt qui se construit avec plusieurs espèces de plantes avant d’atteindre son climax (étape finale). Chaque étape prépare la suivante.
Document Office national des forêts. www.lalsace.fr
3. Pourquoi la syntropie risque de faire oublier la permaculture ?
Les quelques résultats montrés en syntropie sont impressionnants et répondent à de nombreux enjeux, dont 2 principaux :
a. L’arrosage
Les systèmes de production en syntropie seraient très économes en eau. Ce qui est crédible car la biomasse produite au sol peut suffire à irriguer les végétaux qui, en plus, avec la taille, sont devenus plus résilients.
b. La production de biomasse
La biomasse, c’est la matière organique qui sert notamment comme paillage pour le sol. En plantant des végétaux qui en produisent directement et rapidement sur place, le système est bien plus résilient que s’il dépend d’une ressource, même biologique, qui est extérieure au système lui-même.
Le jardin en syntropie de Marieke, Crédit : Pauline Jarinacoach
Cependant, nous avons encore peu de recul sur ces résultats, surtout en milieu tempéré.
La syntropie a été initiée par Ernst Götsh, agriculteur et chercheur suisse, pendant plus de 40 ans au Brésil, donc en climat tropical.
Ernst Götsch, Crédit : www.believe.earth
En climat tempéré, comme la France, on n’a que 6 ans de recul. Dernièrement, ils ont été mis en avant par Anaëlle Théry grâce à ses travaux expérimentaux depuis 2017, sur son terrain en Dordogne.
Anaëlle Thery, Crédit : www.joala.fr
4. Pourquoi c’est une erreur d’oublier la permaculture ?
Cela revient à comparer 2 choses incomparables.
La permaculture est aussi une méthode de résilience. Mais elle est beaucoup plus vaste que l’agriculture syntropique qui, elle, comme son nom l’indique, ne s’applique qu’à l’agriculture.
Le champ d’application de la permaculture est illimité. Tous les domaines sont concernés : bâtiment, éducation, gouvernance, santé, finances, etc.
La Fleur Permaculturelle. Crédit : www.permacultureprinciples.com
La permaculture peut carrément être vue comme une philosophie de vie et la méthode de la syntropie peut en faire partie.
Conclusion
Ainsi, on va de plus en plus parler de syntropie ces prochains temps car les résultats mis en avant sont extraordinaires et touchent à des enjeux sensibles, comme les sécheresses que l’on commence à expérimenter.
Je pense que la syntropie va être très médiatisée, comme la permaculture l’a été, il y a quelques années, notamment grâce aux travaux scientifiques faits à la Ferme du Bec Hellouin.
Cependant, attention à ne pas aller trop vite et à tirer des conclusions simplistes. La syntropie connaît très peu d’applications pratiques en climat tempéré. Surtout, elle ne vient absolument pas remplacer la permaculture, mais bien la compléter et apporter une autre vision des choses.
C’est d’ailleurs ce que propose la permaculture : changer notre vision, pour inventer de nouvelles façons de vivre ensemble.